Erwin Mortier, Alberto Moravia, Hugo Pos, Stefan Zweig, Sherko Fatah, William Blake

De Vlaamse dichter en schrijver Erwin Mortier werd geboren in Nevele op 28 november 1965. Zie ook alle tags voor Erwin Mortier op dit blog.

Uit: Les dix doigts des jour (Alle dagen samen. vertaald door Marie Hooghe)

Car les mots ne se montrent pas encore à lui. Il ne peut boire qu’à petites gorgées à leurs coupes. 
« On ne peut pas dire qu’il a la langue bien pendue, dit, maman. S’il tient quelque chose de son père… Mais Dieu sait tout ce qui mijote dans cette petite caboche. » 
Sa voix tourne en rond et se rembobine d’elle-même quand elle est au bout de la chanson, elle tapote des touches et frappe des cymbales. Elles croient qu’elles parlent, maman, grand-maman, tante Cactus, mais elles sont seulement, comme dit parfois papa, des grandes machines à trompette où il n’y a pas de bouton pour couper le son quand la mélodie ne vous plaît plus.
(…)

Quand papa vient m’éveiller, je rêve de grands papillons de nuit dans la haie de troènes. Ils frétillent sur le drap quand je m’assieds et frotte les fils de mes yeux. 
Il me soulève et me prend dans ses bras. Je pose mon cou sur l’arrondi de sa nuque et me laisse retomber par-dessus ses épaules pour compter le bord de chaque marche pendant que nous descendons. Il y en a dix et sept. 
Quand nous arrivons en bas, je crie « Bravo ». Je veux taper dans mes mains, mais papa attrape mes doigts dans son poing. 
Autour du lit en bas, les gens rient dans leur barbe. 
Arrière-grand-père réfléchit sérieusement, les couvertures sont tirées jusque sous son menton. Ses fausses dents, il les a mises dans un verre sur la tablette de la fenêtre, ainsi il peut rire sans se fatiguer pendant qu’il meurt. 
« Chuut », dit papa. 
Arrière-grand-père se redresse. Regarde autour de lui avec des yeux qui n’ont encore jamais été aussi grands. 
« Tous ces gens, dit-il. Tous ces gens », et il retombe sur les draps. 
Les gens hoquètent de rire. 
Toi aussi, maman.”

 
Erwin Mortier (Nevele, 28 november 1965)

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Alexander Blok, Rita Mae Brown, Julian Randolph Stow, Philippe Sollers, Nancy Mitford

De Russische schrijver en dichter Alexander Blok werd geboren op 28 november 1880 in St. Petersburg. Zie ook alle tags voor Alexander Blok op dit blog.

The night

The night. The street. Street-lamp. Drugstore.
A meaningless dull light about.
You may live twenty-five years more;
All will still be there. No way out.

You die. You start again and all
Will be repeated as before:
The cold rippling of a canal.
The night. The street. Street-lamp. Drugstore.

 

Vertaald door Vladimir Markov en Merrill Sparks

 

Here We Live..

Here we live in ancient chambers
By the water strings.
Here at spring the gladness rambles,
And the river sings.

As the gaiety’s first message,
With the first spring gales,
There will pour the blazing azure
In the doors of cells.

And quite full of sacred shudder
Of the years of dreams,
Through the fields we’ll gaily ride in
Bless of dazzling beams. 

 

My Monastery, Where..

My monastery, where I’m badly pining,
Is granite, melted by the burning mind.
I’m strangled and blinded under this heat, lying,
And leave it, trying a new cell to find…

There’ll be still heat, but one that’s always warming.
The bloody ball will melt my brain to ash,
I’ll lose my mind in ways, the more calming,
Than in this one, oppressing blood and flesh.

Where’s the new cell? Where is my cloister, novel?
Not on the skies, the grave’s darkness behind,
But on the Earth it’s healthy one and low,
Where I’ll find all, when having lost my mind!…

 

Vertaald door Yevgeny Bonver

 
Alexander Blok (28 november 1880 – 7 augustus 1921)
Portret door Ladunya, 2010

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Yves Thériault , Dawn Powell, Dennis Brutus, Carl Jonas Love Almqvist

De Canadese schrijver Yves Thériault werd geboren op 28 november 1915 in Quebec. Zie ook alle tags voor Yves Thériault op dit blog.

Uit:Le Dernier Havre

L’histoire est toute simple, et tient en une phrase : c’est un vieux pêcheur – d’âge incertain, 80, 90, qui tient ces comptes-là, dans son univers ? – qui remet en état en douce une vieille barque échouée, afin de faire son dernier voyage.
Mais c’est surtout l’occasion pour lui de se raconter, de nous faire partager sa vision – savoureuse, ô combien – de la vie. le tout avec ce merveilleux accent québécois, qu’on entend, à travers les mots, et dans la beauté flamboyante et amicale de la Gaspésie, ah, on bave d’envie.
C’est beau, c’est du miel pour les yeux et les oreilles, d’ailleurs, c’est impossible de garder ça pour soi, on n’a qu’une envie, c’est de le lire à haute voix à quelqu’un.
« Raisonner, en ce bas monde, vous savez ce que c’est ? Pourvu que vous pensiez comme tout le monde, le plus niaisement possible, c’est ça, raisonner. Jour après jour, vivre de la même manière ; jour après jour, penser comme pense le voisin, faire attention pour pas avoir une idée un peu audacieuse, un peu risquée, un peu plaisante. Oui, j’ai bien dit plaisante. Se conformer, marcher dans les traces du premier qui a marché, prendre garde de pas voir le beau du temps ou la grâce des fleurs, fuir tout ce qui pourrait être étrivant ou tentant, c’est ça, vivre, pour la plupart des gens.
[…]
Tout ça pour dire que nous autres, les vieux, loin d’avoir les idées aussi ankylosées que les genoux, on est souvent rendu au point où on voit plus clair que bien des jeunes, et que le vrai progrès, on le salue avec plaisir…
Et que même si on semble radoter, on a le plus souvent cent fois de lucidité comme les gens pris dans la routine, qui ont peur de penser par eux-mêmes, au cas où ça serait mal vu. »

 
Yves Thériault (28 november 1915 – 20 oktober 1983)

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